jeudi 6 octobre 2022

Bernard Lemaître (Toulon) : « Je suis en train de reconstruire le club »

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Ancien président de Mérignac de 1970 à 1977, le nouveau président du RCT Bernard Lemaître (82 ans depuis le 16 décembre), actionnaire et administrateur de la société de bio-pharmaceutique Sartorius Stedim Biotech (SSB), veut redonner au club toulonnais ses lettres de noblesse. 

Le RCT est-il à sa place en ce début de championnat ?

Espérions-nous mieux ? Oui. Sur certains matches, on s’est totalement loupés. La défaite la plus marquante a été contre Bayonne (29-35). On n’est pas tout à fait au niveau par rapport à ce qu’on peut prétendre être. On demeure dans les six premiers (au moment de l’interview, avant la 13ème journée, Toulon est 4ème, Ndlr). C’est déjà cela. Mais on s’oriente vers une période plus difficile contre des adversaires de plus haut niveau. 

Quelles sont les ambitions cette saison ? 

La concurrence est de plus en plus rude. La 6ème place n’est pas un objectif final pour le RCT. On espère faire mieux et être au moins dans les quatre premiers de façon à jouer éventuellement un barrage à domicile. En Coupe d’Europe, notre ambition est de faire le mieux possible. Dans cette nouvelle formule, toute défaite à domicile comptera double. Mais on est correctement armés pour se qualifier. 

Quels ont été vos axes de travail depuis votre prise de fonction ?

Il a déjà fallu restaurer la santé financière du club. Elle était très en danger. Puis il a fallu refonder une politique basée pas exclusivement, mais principalement sur la formation. Il y a même certains de nos jeunes qui sont sélectionnés en équipe de France. C’est flatteur. Cette politique colle à la feuille de route désirée par Patrice Collazo. Elle se met progressivement en place. Dans ce contexte, il fallait aussi créer des infrastructures avec un centre de très haute performance qui vient d’ouvrir. Il est considéré comme étant le plus abouti dans le domaine du rugby. On a créé un outil exceptionnel. Il va payer dans les années qui viennent. C’est un investissement pour les décades à venir. 

« J’AI MIS PLUS DE 30 MDANS LE CLUB »

Combien avez-vous déboursé d’argent pour le RCT ?

Au total, j’en suis à un peu plus de 30 M€. Quatre ont été dévolus au budget du centre d’entraînement. Il faut prendre en compte les pertes, les besoins de trésorerie, et celles qui sont occasionnées en 2020/2021 en raison de la crise et de l’absence de recettes. 

On a l’impression que vous voulez faire table rase du passé et de l’ancien président du RCT Mourad Boudjellal…

Le modèle qu’avait développé Mourad Boudjellal n’est plus possible financièrement. On est extrêmement encadré sur le plan du salary-cap. Son modèle dépensait plus qu’il ne gagnait avec des pertes constantes. En l’occurrence au premier trou dans la route la voiture part en tonneaux. C’est exactement ce qui se passe avec la pandémie. Quand les clubs n’ont plus de recettes, c’est la catastrophe. Les clubs n’ayant pas de réserves sans avoir eu une gestion prudente se retrouvent en grosse difficulté. S’il n’y a pas un actionnaire fort pour combler les trous en permanence, ils foncent alors vers le dépôt de bilan. 

Mourad Boudjellal mettait donc en danger le club ?

Il savait très bien qu’il ne pouvait plus tenir. On m’a rapporté que, dans son livre, il disait qu’il était au bout d’un modèle. Il donne la réponse lui-même. Un modèle qu’il avait lui-même créé. Ce modèle sportivement était risqué. Quand vous ne gagnez plus, il en prend un coup. C’est ce qui est arrivé contre Lyon en barrages à la fin de la saison 2017/2018. Il y avait eu une équipe de stars incroyable battue par le LOU. Cette équipe de stars avait un coût. Entre 2017/2018, 2018/2019 et 2020, il y a eu quand même une perte de recettes de 10 millions. Avec une désaffection du public, des partenaires, la billetterie, bref cela allait à vau-l’eau… Il faut alors reconstruire. 

Sans votre intervention donc le club se serait retrouvé en Nationale ?

Cela aurait été d’abord une décision voulue par la Ligue et non par le club. Mais sans mon intervention ou celle de n’importe quel propriétaire qui aurait accepté de combler les trous alors… Sans cet apport d’argent, le club ne pouvait plus assurer ses fins de mois. Il était obligé de déposer son bilan. 

Cela va être tout de même compliqué d’égaler le palmarès du RCT triple champion d’Europe (de 2013 à 2015)…

Je ne remets absolument pas cela en cause. Ce palmarès a contribué à l’actif et à la notoriété du club. Il y a eu les Coupes d’Europe, mais aussi le doublé de 2014 avec le Bouclier. Ces lignes au palmarès sont quasiment impossibles à égaler. Aucun club actuel n’est en mesure de faire un tel triplé européen. Les Saracens auraient pu le réaliser, mais ils ont été pris par la patrouille. Ils faisaient comme d’autres. Ils trichaient. Au RCT, on ne triche pas ! 

Mourad Boudjellal s’attendait par contre à une plus belle sortie…

A partir du moment où les choses se terminent mal car vous découvrez de plus en plus de cadavres dans les placards qui vous ont été soigneusement cachés, vous n’êtes pas forcément enclin à remercier, à féliciter à l’infini la personne qui a créé ce genre de choses. Car, pour ces placards et ces cadavres, il faut payer. Tout l’argent qui sert à payer sort de ma poche. 

A 82 ans, qu’est-ce qui vous motive dans ce défi ?

J’ai la même énergie qu’à 50 ou 60 ans. Je me lève à 6 heures tous les matins. Je me couche très tard. Je dirige le RCT en même temps que mes autres activités. Pour faire beaucoup de choses, il faut aussi être bien entouré. Je ne suis pas un homme qui travaille seul. Mais j’ai beaucoup de capacités de travail. J’ai travaillé comme cela toute ma vie. J’ai connu pas mal de choses. L’important est de s’en relever. 

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