mardi 27 septembre 2022

Cyclisme : « Les sprinteurs sont une race à part »

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Ils sont une catégorie à part dans le cyclisme. Ils sont les esthètes de la vitesse et ne ménagent pas leurs efforts avec l’obsession de franchir la ligne en premier. Les sprinteurs sont une confrérie avec ses codes, sa mentalité et sa soif de vaincre à tout prix au mépris parfois du danger.

Le sprinteur est un coureur qui aime avoir ses propres émotions. Quand une échappée démarre, elle sait très bien qu’elle ne peut que rarement réussir surtout si l’arrivée est propice à un emballage massif. Tel un sanctuaire qu’il souhaite conserver précieusement, le sprint est un art et une obsession pour les coureurs ayant la capacité d’y briller et briguer des lauriers le temps de quelques secondes.

Les grimpeurs sont plus dans un combat mental contre eux-mêmes alors que les sprinteurs se battent contre les autres, explique l’ancien sprinteur Jimmy Casper. C’est un combat qui dure quelques secondes où l’on doit prendre les bonnes décisions. Ça se joue sur l’instant.” A l’image des gardiens dans le foot, les sprinteurs ont une mentalité qui leur est propre.

Pour l’ancien vainqueur d’étape sur le Tour 2006, il est évident que pour être un bon sprinteur, ça ne se joue pas seulement dans les jambes. “Il faut avoir cette capacité à débrancher le cerveau. Certains ont des capacités physiques extraordinaires, mais ils n’arrivent pas à le faire justement. Cela peut les freiner. Avant d’avoir les jambes, il faut avoir le cerveau. Le sprinteur reste une race à part.” Et cela se voit dans un regard. Quand un sprinteur n’arrive plus à conserver cette obsession de la gagne et qu’il doute, il est vite rattrapé par la concurrence.

Mark Cavendish peut en témoigner, tout comme André Greipel ou encore Elia Viviani cette saison. Pour le coureur de la formation World Tour, Israel Start-Up Nation, vainqueur de deux sprints cette saison, Rudy Barbier, il est évident que le sprinteur peut vite être assimilé à un fou quand il déborde et cherche la moindre porte pour faire la différence. “Dans le final, ça frotte, ça joue des coudes. C’est un milieu où l’on ne laisse pas sa place. Il faut avoir une bonne équipe pour jouer les premiers rôles. Ça reste super excitant. Il faut toujours penser à se replacer, à ne pas laisser sa place, jusqu’à chuter parfois. Ça fait partie du métier. C’est pour cela que l’on aime dire que l’on est spécial. On est un peu fou sur le vélo parfois.”

« ON EST UN PEU FOU »

Rudy Barbier, coureur de la formation World Tour, Israel Start-Up Nation

Une folie sûrement due à cette obsession de gagner, voire même de simplement goûter à l’adrénaline du sprint. “Quand on prend la bonne roue et la bonne décision au bon moment pour ensuite se lâcher complètement, on prend une décharge unique. On a du mal à s’en passer.” Une analyse que partage Rudy Barbier. “Le final offre des sensations et de l’adrénaline que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. La tension et le devoir de finir tout le travail d’une journée sont à leur maximum. On est à la fin de la chaîne de travail de ses coéquipiers. On ressent beaucoup d’adrénaline, d’excitation et de tension. C’est un cocktail d’émotions unique.” Le risque étant, au final, la chute, une donnée acceptée et assumée par tous les sprinteurs.

A croire que, plus on repousse ses limites, plus on a l’avantage de remporter la victoire. Même si les occasions se sont de plus en plus rares pour obtenir des terrains de jeu adéquates, notamment sur les Grands Tours. “Cette année était particulière, notamment sur le Tour, assure Casper. Ils font en fonction des demandes et des villes. Avec un départ de Nice, c’était presque logique de voir le Tour ne pas être idéal pour les sprinteurs.” Avant de rajouter que les équipes se structurent de plus en plus pour permettre aux sprinteurs de briller. Une évolution logique pour l’ancien de la Cofidis.

Les équipes se structurent plus que par le passé. Il peut y avoir beaucoup d’équipes capables de faire un train. Avant il n’y en avait qu’une ou deux. Ça roule un peu plus vite. Ils prennent des finisseurs, mais aussi des coureurs pour évoluer dans un train. GroupamaFDJ en a été le parfait exemple. Démare dominait le sprint, mais la Groupama-FDJ dominait les arrivées massives.” Le sprint possède encore un bel avenir devant lui. D’autant plus que les équipes ont bien pris conscience que, pour gagner des courses, avoir un bon sprinteur est une priorité. Quitte à faire des folies pour l’avoir ou à prendre un maximum de risques…

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