mercredi 21 février 2024

Kévin Réza : « Un luxe de pouvoir choisir sa fin de carrière »

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

A 33 ans, Kévin Réza a décidé de mettre un terme à sa carrière après avoir réussi à s’imposer dans le paysage du vélo international au sein d’équipes comme Bbox Bouygues Télécom, Europcar, FDJ, Vital Concept et B&B Hotels.

Comment avez-vous abordé ces dernières semaines de coureur pro ?

Sereinement. Quand on décide de prendre la décision soi-même et que l’on a la chance de ne pas être mis à la porte, ça se digère beaucoup mieux. On se construit différemment et on tourne mieux la page.

En se lançant, auriez-vous espérer choisir la date de votre départ en retraite ?

On espère avoir cette chance. Après, le cyclisme est un sport très dur et exigeant. On n’a pas toujours le luxe de choisir ce que l’on souhaite mettre en place. J’ai 11 ans de carrière de pro derrière moi. J’estime qu’elle a été belle. A partir de ce moment-là, j’ai eu le luxe de mettre un terme à ma carrière. J’en suis ravi. J’ai croisé des collègues qui n’ont pas eu forcément ce choix. Il faut se reconstruire derrière et cela est plus délicat.

Au moment de démarrer, auriez-vous pu penser faire plus de 10 ans de carrière ?

Mes débuts n’ont pas été faciles. J’aurais pu ne jamais la démarrer avec seulement une année de contrat néo-pro. Finalement, j’ai pu me construire durant deux ans et poursuivre ma route. Cela a duré 11 ans. Je ne pensais pas que ce serait aussi long.

Les anciens me disaient que faire 10 ans de carrière, c’est déjà bien. Le reste, c’est du bonus. J’ai toujours gardé en mémoire ces paroles, dans un coin de ma tête. J’ai décidé de mettre fin au bout de ma 11ème année.

« Une fierté de représenter mon pays aux Mondiaux 2014 »

Quel est le moment le plus fort de votre carrière ?

L’annonce de mon passage chez les professionnels. Ma première sélection au Tour de France en 2013 également. Elle a été inattendue et inespérée. Pouvoir participer au Tour après trois ans de carrière, c’était incroyable. Puis il y a ma sélection au championnat du monde en 2014.

C’était une fierté de faire partie de ce cercle fermé de coureurs ayant pu défendre les couleurs de son pays durant un Mondial. J’ai pu participer aux plus grandes courses du calendrier, faire les trois grands Tours (3 Tours de France, 2 Vuelta, 1 Giro, Ndlr).

J’ai fait des belles classiques. Je n’ai pas toujours gagné durant ma carrière. Ce n’est pas un regret. Je suis satisfait de ce que j’ai fait. J’ai participé à la réussite de mes différentes équipes. J’ai pu vivre à travers les victoires de mes coéquipiers et marquer les esprits à mon niveau. Je n’ai pas fait 11 ans dans l’anonymat. C’est satisfaisant.

Le Tour de France reste-t-il à part pour un coureur ?

Déjà faire un Tour de France, c’est extraordinaire. Le faire en tant que Français, c’est encore plus grandiose. On m’avait dit que si l’on ne faisait pas un Tour de France, on passait à côté de sa carrière. Un Tour de France, ça change un bonhomme. C’est une aventure qu’il faut vivre au moins une fois.

J’ai eu la chance de le vivre trois fois. Cela a toujours été un réel plaisir et une grande satisfaction. Cette course m’a fait connaître aux yeux du grand public. C’est la course la plus regardée au monde.

Kévin Réza s’éloigne du vélo et du sport

Quelle épreuve vous a semblé la plus aboutie ?

Ce n’est pas une course. C’est plus une saison. L’année 2014 a été phare. Elle est la plus aboutie. Il y a le podium des championnats de France (3ème derrière Démare et Bouhanni, Ndlr). C’est l’année où je me suis senti bien physiquement. J’étais au top. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un trou. J’ai plu y exploiter tout mon potentiel.

Dans ma carrière, je me suis toujours battu avec mes moyens : pour garder mon contrat à mes débuts, l’aboutissement en 2013 et 2014 avec le Tour, mon changement d’équipe en 2015 avec la Française des Jeux j’ai dû y faire ma place mon titre de champion de France du scratch sur la piste, ma chute en 2016 qui a mis un sacré coup de frein, ma remise en question pour savoir si je revenais ou pas.

On m’a laissé le temps de revenir en 2017. Il fallait passer par là pour avancer et profiter de ce beau sport qui est le vélo.

Pensez-vous avoir permis d’ouvrir le vélo aux coureurs de couleur ?

On m’a donné ma chance pour mes qualités, mais si j’ai pu inspirer des coureurs noirs ou originaire du continent africain ou autre, tant mieux. J’en suis fier, mais ce n’est pas une fin en soi. J’espère que d’autres prendront la relève et gagneront des courses.

Quelle est la suite pour vous ?

Ce sera loin du sport et du vélo. J’ai pas mal d’idées en tête. Je vais m’éloigner du monde professionnel et du sport du haut niveau pour continuer à m’épanouir.

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