vendredi 7 octobre 2022

À chacun son programme… entre les JO et les grands tours

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Les incertitudes que génère encore la crise sanitaire n’offraient pas beaucoup de visibilité au moment de définir le programme de 2021. Les épreuves australiennes de janvier annulées, c’est en Europe que devait reprendre la saison en février, sur le Tour de France que se concentraient (presque) toutes les attentes des stars du peloton, avec ou sans, les JO de Tokyo à l’horizon.

Pogacar (UAE Team Emirates) tout pour le tour

Même s’il aurait préféré plus d’arrivées en altitude, le Slovène reviendra évidemment sur le Tour pour tenter de conserver sa couronne avec un nouvel atout dans sa manche, Marc Hirschi. Auparavant, il aura repris sa saison avec le Challenge de Majorque fin janvier. Avant la reprise de la saison, la seule certitude était qu’il ne prévoyait pas de s’aligner sur le Giro, même si le parcours prévoyait un détour par son pays, la Slovénie, pour avoir la possibilité d’établir un programme adapté à son jeune âge.

Le préserver pour l’amener au top cet été, en vue du Tour et des JO, sans négliger les Monuments, voilà le leitmotiv d’UAE Emirates pour aider son leader à assumer son nouveau statut.

Roglic (Jumbo-Visma) : « Les JO, c’est un rendezvous spécial pour moi ! »

Avoir sa revanche dans le Tour de France sera la priorité absolue du Slovène qui a aussi déclaré vouloir être au départ de la course en ligne des JO de Tokyo, six jours après la dernière étape des Champs-Elysées : « Vu mon passé dans les sports d’hiver, les JO, c’est un rendez-vous spécial pour moi ! ». Au sein d’une équipe ambitieuse qui visera les trois grands Tours, il pourrait doubler le Tour et la Vuelta, à moins que la perspective de voir le Giro faire une incursion en Slovénie, et l’absence probable de son compatriote Pogacar, ne l’incite à revoir ses plans. Le Slovène débutera sa saison sur Paris-Nice, du 7 au 14 mars. Pas avant.

Bernal (Ineos Grenadiers) : « Nous nous préparons pour le Tour de France »

Son programme n’était pas encore déterminé au moment du bouclage, mais ses déclarations laissaient penser que le vainqueur du Tour 2019, blessé en 2020, n’écartait pas l’idée d’enchaîner Giro et Tour en 2021. « J’ai vécu en Italie pendant deux ans, j’ai des amis en Italie et j’ai un très bon ressentiment avec le Giro. » Le problème, c’est que son coéquipier Geoghegan Hart a aussi l’ambition de défendre son titre italien acquis en 2020… ce qui rapproche encore davantage le Colombien de Paris comme il le déclarait à la presse colombienne pendant les fêtes : « La vérité, c’est que nous nous préparons pour le prochain Tour de France, la plus importante course au monde. » Ça devait commencer avec le championnat de Colombie en février avant l’annulation de l’épreuve.

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Quintana (Arkéa Samsic) en sursis

Opéré des deux genoux en novembre en Colombie, absent pour le premier stage de préparation de la saison qui a eu lieu à Cannes, il espérait lui aussi débuter sa saison avec le Tour de Colombie en février avant son annulation. La suite de son programme dépendait aussi des résultats de l’enquête préliminaire ouverte cet automne pour des soupçons de dopage. S’il devait être condamné, la wild card que son équipe est quasi assurée d’avoir sur le Tour de France serait annulée. Motivé à disputer en 2021 le Giro après trois Tours de France sans réussite, le Colombien, vainqueur du Tour d’Italie en 2014 (2ème en 2017) devra sans doute revoir ses plans, les deux dernières invitations revenant certainement à des équipes italiennes de Pro Tour.

Hirschi (UAE Team Emirates) : « Les JO, un grand objectif ! »

Son transfert tardif de Sunweb (DSM) au team UAE Emirates a défrayé la chronique et offert un nouveau destin au Suisse de 22 ans qui ne se fixe pas de limites en 2021 nonobstant les grands Tours où il ne sent pas encore capable de gagner et où il devra défendre le titre de Pogacar face à la meute.

« L’objectif premier, ce sont les Ardennaises et ensuite plus tard les JO. Mais d’abord, je veux me concentrer entièrement sur les Classiques car les grands Tours sont davantage un projet sur le long terme. Je ne pense pas pouvoir un jour y courir pour le classement général. Pour le moment, je veux me concentrer là où je suis bon, dans les courses d’un jour et en gagner le plus possible. Dans cette logique, les JO sont un grand objectif ! »

Van Der Poel (Alpecin-Fenix) : « Ce n’est pas pratique ce tour… Et ça vient après les JO »

En raison de la proximité des classiques belges et néerlandaises, le prodige néerlandais ne sera vraisemblablement pas au départ du Giro, et devra choisir entre le Tour de France et la Vuelta. Sachant que le Tour d’Espagne se déroule pendant le Binck Bank Tour, et des semi-classiques belges et néerlandaises, le petits-fils de Poulidor disputera sa première Grande Boucle en 2021 sans autres ambitions que de découvrir, jouer quelques victoires d’étapes et « atteindre Paris » comme il l’avouait modestement en fin d’année.

Les organisateurs croisent les doigts qui estiment que le parcours moins corsé que d’habitude en arrivées au sommet milite en faveur de sa présence.

Auparavant, comme d’habitude, son début de saison était consacré au cyclo-cross avec les championnats du monde à Ostende les 30 et 31 janvier. Mais son gros objectif de la saison restent les JO avec la course de VTT, dix jours après la fin du Tour, un enchaînement pas forcément naturel, mais bien dans la nature du prodige batave qui privilégie Tokyo :

« Parce que les Jeux c’est tous les quatre ans. Je me dois de courir le Tour pour mes sponsors, je ne fais pas ce que je veux, mais si je laissais parler mon coeur, je choisirais les Jeux. Ce n’est pas pratique ce Tour… et pour moi c’est secondaire. Ça vient après les Jeux ! »

En attendant, c’est le Tour de l’UAE dans le golfe Persique qui constituait son entrée en matière entre le 21 et 27 février avant de disputer Paris-Nice (7-14 mars) ou Tirreno-Adriatico (10-16 mars)…

Geoghegan Hart (Ineos Grenadiers) : « Je vais beaucoup courir en Italie »

Le vainqueur surprise du Giro, une des grandes révélations de la saison, a changé de statut, passé en un an d’équipier de luxe (de Geraint Thomas sur le Giro) à leader qui gagne. Dès cette saison, il aura donc les grands Tours dans son programme, avec une préférence assumée pour lui en Italie où il défendra son titre et où il avouait, sans plus de précision en fin d’année : « J’aime courir en Italie, je vais beaucoup courir là-bas en 2021. »

Evenepoel (Deceuninck-Quick-Step) : Pas de grande boucle cette année

On ne devrait pas encore voir le génie belge à l’oeuvre sur la Grande Boucle cette année. Car selon son manager sportif, Patrick Lefevere, Evenepoel a une obsession, les Jeux Olympiques, qu’il préparera à 100% et ne risquera donc pas un enchaînement TourJO qu’il juge trop risqué. Il ne sera au départ du Tour que si les JO sont annulés, en plus il souhaite d’abord finir un grand Tour (Vuelta ou Giro) avant d’aller sur la Grande Boucle. Par contre, il sera au départ du Giro (qu’il aurait dû courir en 2020 sans sa chute au Tour de Lombardie), pour son premier grand Tour, pour viser une place au général à condition qu’il parvienne à passer la haute montagne, un domaine où il n’a encore

aucune référence. Pour son début de saison, le Tour de San Juan en Argentine et le Tour d’Algarve étaient au programme, mais le premier a été annulé…

Froome (Israel Start-Up nation) : « Me battre pour la victoire dans le tour »

Les deux leaders de la jeune équipe Israel Start-Up Nation seront tous les deux au départ de la Grande Boucle avec un statut de co-leader et la même ambition de contrer la jeune garde. Quatre ans après sa dernière victoire en 2017, le Britannique de 35 ans s’est déclaré « heureux par l’itinéraire dévoilé et l’équilibre des difficultés entre montagne et contre-la-montre. » Il comptait sur Dan Martin (34 ans), 4ème de la dernière Vuelta son meilleur classement sur un grand Tour, pour compenser le manque d’expérience de sa jeune équipe.

Van Aert (Jumbo-Visma) : « Je peux penser au maillot jaune »

Comme son meilleur ennemi, Van der Poel, il reprenait, ou plutôt poursuivait sa saison avec les Mondiaux de cyclocross qui se disputaient à Ostende les 30 et 31 janvier. La suite était centrée d’abord sur les courses à étapes même s’il ne négligeait rien, surtout pas les courses d’un jour. « Je voudrais d’abord briller sur des courses comme Tirreno-Adriatico, le Critérium du Dauphiné ou le Tour de Suisse… et élargir mon palmarès sur les Classiques. » Le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie étaient ciblés…

Avec autant de motivation que le général sur le Tour de France où il n’a pas hésité à déclarer : « Je peux penser au maillot jaune. » Façon cannibale, le Belge espérait aussi « ne pas avoir à choisir entre le Tour et les JO, même si je sais qu’il existe des intérêts. Je ne voudrais pas rater les JO (où il devrait courir le contre-la-montre et la course en ligne, Ndlr)… » qui pourraient obliger ses participants à observer une quarantaine de deux semaines en raison de la Covid-19.

Sagan (Bora-Hansgrohe) « Tour/JO, s’il faut choisir, je prends le maillot vert ! »

Malgré ses 31 ans et la perspective de courir encore plusieurs années, le sprinteur que préparait peut-être sa dernière saison sur route. En fin de contrat en juin 2021, très critique sur l’évolution des mentalités, il n’écartait pas l’idée de changer d’orientation. Frustré par sa dernière saison, il serait tenté par le VTT, sa vraie passion. Mais avant, il aurait l’ambition de démontrer qu’il n’est pas fini.

En privilégiant les courses d’un jour, il s’offrirait une sorte de tour d’honneur pour aller chercher un quatrième titre de champion du monde, ou l’or olympique à condition que la crise sanitaire ne l’oblige pas à se passer du Tour, sa priorité. Vexé d’avoir été battu par Sam Bennett en 2020, il veut sa revanche et un huitième maillot vert ! « S’il faut choisir entre le Tour et les JO, je préfère le Tour ».

Alors qu’il devait débuter sa saison sur le Tour de San Juan le 29 janvier (finalement annulé), la crise sanitaire l’a poussé à ne prendre aucun risque et à attendre l’ouverture de la saison en Belgique au Nieuwsblad et à Kuurne-BruxellesKuurne fin février avant de se consacrer aux Flandriennes et à Milan-San Remo.

Buchmann / Kelderman / Grossschartner (Bora-Hansgrohe)
à chacun leur Tour !

Chez Bora, c’est carré. Dans l’objectif de faire un premier podium sur un grand Tour, après la 4ème place de Buchmann sur le Tour de France 2019, chacun aura sa chance. Pour le Tour, c’est Kelderman, la recrue, qui aura le statut de leader, quand Buchmann l’assumera sur le Giro et Grossschartner sur la Vuelta après avoir fait le Giro et l’impasse sur le Tour. Dans l’équipe allemande, les rôles sont bien définis avec le duo Sagan-Politt sur les Flandriennes, Schachmann sur les Ardennaises et Sagan-Ackermann pour Milan-San Remo.

Alaphilippe (Deceuninck-Quick-Step) : « Le tracé du tour donne envie »

Avant le Tour de France, son rêve de toujours, et les JO, ce sont les classiques du printemps qui constitueront les premiers objectifs de la saison pour le champion du monde en titre. « Le tracé de ce Tour 2021 est beau et donne envie. Mais, pour le moment, je pense juste à la préparation du début de saison et le Tour vient toujours un peu après. J’ai envie aussi de revenir sur le Tour des Flandres et ça fera partie de mes objectifs. Je vais faire un gros bloc en début d’année avec toutes les classiques. »

Les JO seront aussi, six jours après la fin du Tour, un passage obligé. « Je fais quatrième à Rio en 2016 avec une chute dans le final. On va étudier le parcours, mais on va surtout attendre de voir comment la saison se déroule. Avec cette pandémie, on est sûr de rien. Je ne tire pas de plans sur la comète. » Il fera sa rentrée en février sur un Tour de Provence (11-14 février, avec le Ventoux au programme) dont la directrice adjointe n’est autre que sa compagne, Marion Rousse…

Pour la première fois, il effectuera sa rentrée en France avant d’enchainer avec le Het Nieuwsblad (27 février) et le Tour des Flandres (4 avril) voire Tirreno-Adriatico (10 au 16 mars) avant Liège-Bastogne-Liège (25 avril).

Pinot pour préparer Gaudu (Groupama-FDJ)

On avait laissé Thibaut Pinot fin octobre fataliste après son abandon dans la Vuelta, et déterminé à guérir complètement d’une blessure au dos qui avait largement gâché sa saison 2020. Avec Groupama-FDJ, il sera à coup sûr (ou presque) au départ du Tour, avec celui qui peut désormais être considéré comme le co-leader de l’équipe, David Gaudu, mis en appétit par sa belle Vuelta. Peutêtre encore trop tendre pour assumer le rôle de leader sur le Tour, Gaudu devrait privilégier le Giro et la Vuelta, laisser au plus expérimenté Pinot une chance de se refaire sur la Grande Boucle. A moins que le tracé de ce Tour 2021 qui ne l’emballait guère au moment de sa présentation ne change ses plans… C’est dans le Tour de l’Algarve au Portugal que Pinot devait entamer sa saison en février.

Bardet (DSM) : « Un challenge inédit »

Avec une formation allemande ambitieuse (ex-Sunweb) et expérimentée, l’Auvergnat est venu chercher un nouveau souffle pour ce qu’il qualifie de « challenge inédit ». Après ses années AG2R où il bénéficiait du statut d’unique leader, il est excité à l’idée de bénéficier de plus de liberté, ce qui devrait lui permettre d’exister dans tous les formats de courses. Et peut-être ainsi se libérer dans la plus grande course, où il a déjà fini 2ème et où, sans une blessure en 2020, il avait les jambes pour faire, au moins, un autre podium. Ne pas s’exposer inutilement en annonçant ses objectifs trop tôt est une manière d’aborder différemment sa seconde partie de carrière et peut-être d’aller chercher cette grande victoire qui lui manque.

Démare (Groupama-FDJ) : « Le tour, je m’y vois forcément… »

Fort de son exceptionnel Giro, le sprinteur français est un de ceux qui s’est le plus réjoui du tracé du Tour. Et de se projeter déjà sur sa présence au départ de Brest en juin… « Je m’y vois forcément ! »

Après avoir dompté le Giro, nul doute que le maillot vert du Tour sera sa priorité au cours d’une année qu’il vivra avec un statut différent, pour confirmer son exceptionnelle saison passée et ses 14 bouquets.

Confirmer pour rester au sommet, un vrai défi au sein d’une équipe qu’il sent capable « de jouer à la fois le général et les sprints comme l’ont fait cette année Kristoff et Pogacar ou Van Aert et Roglic. »

Martin (Cofidis) : « Je m’attends au tournant ! »

Le meilleur grimpeur de la Vuelta, 11ème du dernier Tour de France a déjà en tête une année qui montera en régime à partir du premier gros rendez-vous inscrit au calendrier des Cofidis, Milan-San Remo.

Si on ne sait pas encore sur quelles grandes classiques du printemps il s’alignera, une certitude, il sera au départ du Tour du Pays basque, du Dauphiné, pour préparer le Tour de France avec des ambitions et l’expérience de Geschke (15 grands Tours) en renfort, pour ce qui devrait être le sommet de sa saison avec « pourquoi pas le maillot à pois… mais aussi le général car j’ai vu que je pouvais rivaliser avec les meilleurs cette année. Je m’attends moi-même au tournant ! »

S’il est retenu pour les JO, il enchaînera à Tokyo avant de revenir en Espagne pour la Vuelta et terminer par le Tour de Lombardie.

Barguil (Arkéa samsic) « Porter le maillot jaune en Bretagne »

À 29 ans, et après avoir accumulé les places d’honneur en 2020, le Breton attend énormément d’un Tour de France qui s’élancera de chez lui, et des Classiques qui correspondent davantage à son profil de puncheur. Mais c’est bien au soir de l’étape de Mur-deBretagne qu’il rêve de s’habiller de jaune… « après si c’est avant ou après cette étape, je ne dirai pas non. » Paris-Roubaix et Milan-San Remo seront aussi deux moments forts, deux vrais objectifs comme Paris-Nice, après avoir débuté sa saison en février avec le Tour de Provence.

Par Tom Boissy

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