mardi 27 septembre 2022

David Gaudu peut-il gagner le Tour de France ?

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Premier Français au classement général et dans le quatuor de tête de la dernière Grande Boucle, le petit prince de Bretagne, David Gaudu confirme, à 25 ans, son ascension pour son premier Tour dans la peau d’un leader et après sa 11ème place en 2021. Mais peut-on rêver au graal suprême pour lui désormais alors qu’il a été plus suiveur qu’acteur cette année ?

Pour sa cinquième participation au Tour de France, David Gaudu a donc fini 4ème. A 13’39 du lauréat Jonas Vingegaard et à environ 6 minutes du 3ème, le rouleur Geraint Thomas. C’est bien mieux qu’en 2019 (13ème) et 2021 (11ème). Forcément, à l’arrivée, le natif du Finistère pouvait avoir le sourire :

« On a réussi à être réguliers, à éviter les pépins. J’ai réalisé de bonnes Pyrénées. Je passe les caps au fil des années. Je suis heureux de cette performance ». Son équipier précieux et ami d’enfance Valentin Madouas lui a rendu hommage : David a épaté beaucoup de personnes dont luimême. Il avait pourtant confiance en lui. De là à aller chercher une 4ème place, je ne pense pas qu’il y croyait vraiment. Il va sortir de ce Tour aguerri et il va mûrir. Il va maintenant revoir ses objectifs à la hausse. On risque de voir un grand David Gaudu sur les prochaines éditions du Tour ».

Marc Madiot, le manager de la Groupama-FDJ, souligne « qu’il lui a fallu un peu de temps pour arriver. Il était un peu dans l’ombre de Thibaut (Pinot). C’est un Tour qui va lui faire beaucoup de bien. Des déclics se sont produits en lui ». Lenny Martinez qu’on aime déjà comparer à Gaudu, par son gabarit et ses aptitudes de montagnard, se réjouit de la réussite de son aîné :

« Au départ, David montrait quelques faiblesses en chrono. Il s’est bien développé et amélioré dans ce secteur. A son âge il est déjà proche d’un podium sur le Tour de France. Cela fait quelques années qu’il demeure chez les professionnels en World Tour. C’est quelqu’un de très sympa et détendu. Cela met la bonne ambiance dans l’équipe. Il marche fort. J’ai eu la chance de faire le Tour de Laigueglia et le Mercan Tour avec lui. J’ai beaucoup appris à son contact sur le Mercan Tour. Je l’avais un peu aidé pour décrocher sa 3ème place (Martinez avait fini 8ème, Ndlr). »

« Des déclics se sont produits » (Madiot)

« Je suis content pour lui pour ce qu’il a fait dans le Tour. Pour le remporter dans le futur, tout est possible. Devant, il y a quand même deux extra-terrestres (Vingegaard et Pogacar, Ndlr). Après, sur un Tour, entre les défaillances, les chutes, les cas de Covid, cela peut vite changer. Mais on a vu David passer Pogacar sur un col dans le Tour. Sa 4ème place au général va lui donner des ambitions plus fortes pour l’avenir et pour faire encore mieux. Il est une inspiration pour moi. C’est le grimpeur français du moment. Qu’il marche si fort dans mon équipe donne vraiment envie. J’aimerais même pouvoir l’aider en montagne par la suite ».

Le consultant d’Eurosport Steve Chainel en a été bluffé : « Avant le Tour, si on m’avait demandé si David Gaudu pouvait finir dans les cinq premiers du général, j’aurais probablement dit non. Car, sur ce qu’il nous a montré ces dernières années, dans les courses à étapes, il y avait toujours un moment où il n’était pas bien. Sa 4ème place est donc une belle promesse pour l’avenir. Il a fait un très bon Tour. Pour le grand public et le spectacle, on n’a certes pas trop vu David attaquer, il a davantage été dans une gestion permanente. Mais, quand on connaît le vélo et les sacrifices que cela demande sur trois semaines, David m’a vraiment surpris et dans le bon sens. »

« Il a été intelligent, propre, régulier. Il n’a jamais été à la dérive. Il a optimisé à 110% ses capacités physiques du moment. Pour beaucoup, la 4ème place, c’est celle du perdant, mais ce rang le propulse plutôt sur la liste des Français capables de gagner un jour un grand Tour. Il a travaillé pour cela et sait par où il est passé pour en arriver-là. Quand tu mets tous les atouts de ton côté, dans ton hygiène, dans ta préparation, ta récupération, la pression te glisse ensuite dessus. Il a le caractère pour briller sur les grands Tours ».

« Gaudu a progressé en chrono, mais il lui reste encore pas mal de lacunes »

Jusqu’à l’imaginer en jaune sur les Champs-Elysées ? « Quelques Français sont en mesure un jour de prétendre gagner cette épreuve, est convaincu Chainel. Néanmoins on attend ça depuis Bernard Hinault ! (en 1985, Ndlr) C’est bien beau de prétendre. Il faut déjà passer certaines étapes. Comme ce qu’a fait David en finissant 4ème. Avant lui, Romain Bardet (2ème en 2016, Ndlr), Thibaut Pinot (3ème en 2014, NDLR) se sont illustrés. Derrière, la marche reste haute. Potentiellement, David a la capacité pour le faire. Mais c’est sur le terrain que cela se vérifie. C’est comme un maçon qui ferait des devis de cathédrales sans avoir jamais monté une maison ! C’est pourtant à la fin qu’on voit si le travail est bien fait ».

Et l’ancien coureur d’essayer d’établir la prochaine feuille de route du double vainqueur d’étapes de la Vuelta en 2020 :

« Je reste persuadé qu’il peut le faire. Mais il faut qu’il se donne ce temps de la progression. En chrono, il a certes pas mal progressé, mais il lui reste encore pas mal de lacunes. En montagne, son petit gabarit le place parmi les meilleurs en rapport poids/puissance quand c’est très pentu. A voir s’il ne peut pas encore progresser davantage dans ce secteur. Il a montré qu’il savait être bon aussi dans les étapes dites dangereuses. Alors oui il peut gagner, mais il faut mettre tout cela en application et travailler d’arrache-pied pendant un an. Est-il prêt à consentir à de tels sacrifices ? »

Gaudu peut gagner mais son équipe doit lui faire confiance

« Je le pense. Il faut aussi que les planètes soient alignées. Il faut aussi qu’au sein de son équipe, on continue à lui faire confiance avec une équipe adéquate pour ce genre de course. Car cette année il est tombé aussi sur un Madouas exceptionnel, un Storer qui aura à l’avenir probablement d’autres ambitions dans les grands Tours que celles d’être un angegardien. Pinot devrait rester ce chasseur d’étapes. Il faudrait trouver aussi probablement un autre poisson pilote sur les étapes dangereuses. Pour y arriver, ce n’est pas que du travail individuel. Toute l’équipe va devoir construire et bâtir pour renforcer David ». Alors Gaudu le nouveau Pinot ? »

« Les journalistes aiment établir ce genre de comparaisons. David Gaudu, c’est David Gaudu qui n’a rien à voir avec Pinot, qui n’a rien à voir avec Bardet. Julian Alaphilippe, il n’y en a qu’un. Gaudu a son histoire, ses origines, ses caractéristiques, ses qualités et défauts. Et, contrairement à Pinot, David aimerait un jour gagner les Ardennaises. Pour Thibaut, cela l’obsède bien moins. Une chose est sûre, à la Groupama-FDJ, ce Tour s’est articulé autour de lui. Quid à l’avenir ? On verra. Mais Gaudu a l’étoffe pour être un leader. A la Groupama-FDJ ou ailleurs… ».

Le natif de Landivisiau a donné rendez-vous pour l’avenir. Et si Gaudu était le champion que la France attendait depuis si longtemps ? En 2023 ou après…

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