dimanche 4 juin 2023

Patrice Lagisquet : « Le Portugal veut séduire le monde du rugby »

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Pour la deuxième fois de son histoire, le Portugal sera à la Coupe du monde après une première participation en 2007, grâce notamment à l’expérience et la science rugbystique de son sélectionneur français, Patrice Lagisquet. A quelques mois du début de l’édition 2023, l’ancien entraîneur de Biarritz évoque le parcours du Portugal qui se prend au jeu du ballon ovale.

Comment allez-vous ?

(Sourire) Je suis plutôt détendu au niveau du rugby. Un peu moins au niveau du boulot. Il a fallu rattraper les semaines de retard par rapport aux autres équipes. Il faut déjà penser à l’avenir. Ça commençait déjà par trouver un camp de base en France (Perpignan) pour la Coupe du monde. Ainsi que la préparation. Il y a pas mal d’organisation induite par rapport à la qualification.

D’autant plus que la France ne risque pas de prêter Marcoussis au Portugal comme cela avait été le cas à l’Euro 2016 de football remporté par les Portugais…

Mais cela ne nous arrangerait pas avec deux matches à Toulouse (Géorgie-Portugal, le 23/09/23 et Fidji-Portugal, le 8/10/2023, Ndlr), un autre à Saint-Etienne (Australie-Portugal, le 01/10/2023, Ndlr) et un match à Nice (Pays de Galles-Portugal, le 16/09/2023, Ndlr).

Il fallait trouver un site central qui prenait en compte la longueur des déplacements et avoir des conditions d’entraînement optimales.

Au moment du scénario qui a concerné la qualification ave la dernière pénalité de Samuel Marques qui égalise 16-16 contre les Etats-Unis, qualifiant le Portugal, qu’avezvous ressenti ?

J’aurais préféré être plus tranquille mais j’ai, hélas, l’habitude de ce genre de scénario. Le premier titre remporté avec Biarritz de champion de France en 2002 l’avait été à la dernière seconde de la prolongation par un drop (25-22 ap contre Agen, Ndlr). Vivre ces moments-là, j’y suis un peu habitué, mais j’aurais bien aimé que Portela réussisse son drop avant. Il a tapé le poteau. Cela aurait été mérité. Il a une belle progression dans la gestion des moments décisifs.

Avez-vous pris conscience de la bonne nouvelle que vous avez apportée au rugby portugais avec cette qualification ?

Oui, mais le problème est qu’il a fallu rentrer rapidement en France pour certains joueurs et moi-même. On n’a pas profité de l’accueil et de l’engouement des supporteurs portugais, mais on a eu des échos de l’enthousiasme que ça a pu susciter. C’est génial. Dans le sport de haut niveau, on passe vite à la suite. C’est le problème.

« Être compétitif »

Comment avez-vous vécu toutes les péripéties sportives et administratives qui ont permis au Portugal de revenir en France, pour sa deuxième participation à une Coupe du monde ?

Il y a eu une prise de conscience. Le dernier Tournoi des 6 Nations B avait été cruel. On n’avait pas réussi à franchir le cap en Roumanie et en Espagne, avec des matches serrés et un manque de maturité. Sans oublier des absences et des blessés. On avait souffert pendant ce Tournoi. Cela a permis de prendre conscience des limites actuelles de l’équipe et du groupe.

A partir de là, le mois de juin et juillet a été intéressant en termes de progression et d’investissement. En jouant face à trois grosses équipes comme l’Italie, la Géorgie et l’Argentine, c’est là qu’a pu se construire ce groupe pour aborder ce dernier Tournoi qualificatif de Dubaï. C’était une chance inespérée avec l’Espagne éliminée sur tapis vert alors qu’ils avaient mérité la qualification sur le terrain.

Quelle est la principale qualité de votre groupe ?

Il a une grande force de caractère. Ce n’était pas sa qualité principale au départ. Il reste assez jeune comme effectif. Les cadres comme Mike Tadjer, Samuel Marques, Tomas Appleton ou José Lima ont montré un gros tempérament pour aller chercher cette qualification à la Coupe du monde.

Lagisquet veut séduire les Portugais

Sentez-vous que cette équipe peut sur prendre dans un groupe C avec le Pays de Galles, la Géorgie, les Fidji ou encore l’Australie ?

On aborde la Coupe du monde avec l’idée d’être compétiteurs et compétitifs. On veut se préparer pour relever les défis. Le Portugal n’a jamais abordé ses matches comme des victimes expiatoires ou des faire-valoir des adversaires. Ce groupe montre cette envie, notamment en termes de jeu et de prestation, quel que soit l’adversaire. On va essayer d’être compétitifs.

Ce ne sera pas simple, mais on a envie d’emmener un groupe qui permet au collectif d’être toujours au même niveau. C’est ça qui est compliqué dans la compétition avec 4-5 jours entre chaque match. Il nous faut avoir plus de 30 joueurs performants pour réussir ces matches. Il y aura une confiance aux joueurs qui sont allés chercher cette aventure au cours des trois dernières années.

Donc pas la tentation d’appeler un Morgan Parra ou un Cedate Gomes Sa…

(Il coupe) Non, ce ne serait pas respectueux par rapport aux joueurs qui ont consenti d’énormes efforts pour se qualifier à cette Coupe du monde. On ne va pas galvauder l’état d’esprit d’un groupe pour rajouter un ou deux noms prestigieux. Ce ne serait pas raisonnable et ce serait trahir les engagements que l’on a pris les uns par rapport aux autres.

Personnellement, que représente cette Coupe du monde avec le Portugal ?

Pour moi, c’est une aventure qui continue. Tout simplement. On continue à avancer. On verra ce que l’avenir nous réservera. Le principal est de continuer de progresser avec ce groupe qui affiche de belles ambitions et de belles aptitudes pour le jeu. On veut séduire encore le monde du rugby. Mais on va affronter de gros adversaires qui seront très armés. Il faut faire preuve d’humilité. On a encore beaucoup de travail devant nous.

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