jeudi 25 avril 2024

Peter Sagan (TotalEnergies) : dans les coulisses du transfert de l’année…

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

En fin de contrat chez Bora-Hansgrohe, le triple champion du monde a signé chez TotalEnergies au moins pour les deux prochaines années. Pourtant, ce l’équipe française… qui le pensait inaccessible.

À l’origine, ce n’est pas sur Peter Sagan que louchait Jean-René Bernaudeau, le boss de TotalEnergies, mais sur Julian Alaphilippe. Il le reconnaissait volontiers au moment de confirmer le transfert du Slovaque de 31 ans (il fêtera ses 32 ans le 26 janvier).

« Ça fait partie de mon job, aller chercher des coureurs. J’ai de bonnes relations avec Alaphilippe depuis des années… mais ça n’a pas pu se faire. »

En avril, en regardant le champion du monde 2020 prolonger avec Deceuninck pour les trois prochaines années, Bernaudeau ne se doutait pas encore qu’il allait jeter son dévolu sur un coureur auquel il n’avait jamais osé rêver.

Du fait de sa nationalité, de son salaire (estimé à près de 4M€ par an) et de son palmarès, et de la perte de compétitivité de sa formation, il ne le pensait pas susceptible d’être intéressé par un tel défi.

« Lorsqu’il s’est retrouvé sur le marché, il fallait oser y aller. Mais son côté anticonformiste, un peu comme moi, m’a poussé à essayer de le contacter. »

C’est par l’intermédiaire de Roberto Amadio, son ancien dirigeant italien chez Liquigas, qu’il y est parvenu. Et c’est parce que « Roberto lui a dit qu’il se sentirait bien dans notre équipe » que Sagan a commencé à réfléchir à cette possibilité.

L’équipe perd-elle son âme ?

Début mai commençaient trois mois de négociations intenses et parfois compliquées qui allaient accoucher d’un accord officialisé le 3 août sur les bases d’un contrat de deux ans avec deux autres années en option.

Parce que Sagan était également dans les petits papiers de plusieurs autres formations, notamment Deceuninck qui a fait le forcing juste avant le Giro, les obstacles ont été nombreux, tous appréhendés avec maestria par Jean-René Bernaudeau et ses partenaires.

« Recruter Sagan est une incroyable fierté car il s’agit sans doute du cycliste le plus populaire au monde, c’est un talent exceptionnel qui nous fait changer de dimension. »

Sans être extravagantes, les exigences du Slovaque (qui n’auraient pas été acceptées dans une équipe du World Tour) ont retardé la finalisation d’un accord qui a rapidement été dépendant de la venue simultanée de deux de ses plus fidèles compagnons de route, Maciej Bodnar et Daniel Oss, ainsi que de son directeur sportif de longue date, Jan Valach.

Sagan, de chères exigeances pour le team français

Dans ses valises, TotalEnergies a également accepté d’engager le masseur, le mécanicien et l’attaché de presse d’un coureur qui ne lâchera pas non plus ses deux partenaires, Specialized (qui prend en charge une partie du salaire) pour le vélo, et Sportful, pour l’équipement vestimentaire, désormais les deux nouveaux équipementiers de… TotalEnergies.

Seul Juraj, le cadet des Sagan, à ses côtés depuis le début de sa carrière, ou Erik Baska, son ami, qui l’accompagne depuis 2016, n’ont pas suivi.

Peut-être une façon d’atténuer l’impression de cannibalisation qui se dégage de cet afflux de nouveaux visages et qui n’a pas été sans susciter beaucoup de commentaires désobligeants sur une prétendue perte de pouvoir du staff français au profit de l’entourage de Sagan, de ses hommes de confiance.

En fin de contrat et sur le départ, l’emblématique Damien Gaudin, 13 ans de présence au sein de la team vendéenne, parle d’une formation qui « de ce que je vois, perd son âme. » Bernaudeau de balayer la critique d’un revers de la main, justifiant ses choix :

« Comme moi, il a besoin de gens qui l’entourent et qui sont sincères. Avec Oss et Bodnar, deux bons rouleurs, également avec son directeur sportif, car il y avait une place pour lui, il n’arrive pas seul. L’arrivée de Peter, ce n’est pas un groupe qui entre dans notre groupe, c’est TotalEnergies qui se renforce d’un grand coureur qui va nous aider à aller plus haut. »

Et Bernaudeau d’utiliser le terme « d’accélérateur » en faisant référence à ce qu’il attend de son nouveau coureur.

« On voulait se renforcer, devenir plus attractif, renforcer notre image d’usine à champions et compenser les effets d’un World Tour qui nous a quand même pas mal malmenés. Sagan est là pour être un accélérateur avec son expérience, son envie, toutes les émotions qu’il génère. »

Un huitième maillot vert à ramener à Paris

En termes d’objectifs, avant de cibler les courses et d’établir un programme, la présence d’un des meilleurs sprinteurs du monde, qui a réussi à gagner le dernier Tour de Slovaquie sans gagner d’étape, place l’équipe française en première ligne. Car, même sans licence World Tour, on imagine mal les organisateurs ne pas inviter l’équipe de Sagan.

« On est moins attractif qu’à l’époque Voeckler ou Chavanel, insiste Bernaudeau, d’autres le sont davantage avec plus de moyens, Sagan est un moyen d’amener plus de jeunes talents vers nous, de se donner les moyens de réintégrer le World Tour grâce à nos performances sportives et non parce qu’on aurait acheté une licence. C’est une conséquence sportive que nous aurons si on le mérite ».

Sagan, encore dans la course au Sprint ?

Même si Sagan n’est plus au sommet de son art, malgré son excellent Giro, le bilan de son dixième Tour de France, gâché par une chute dès la 3ème étape et abandonné juste après les Alpes, en atteste. En quête d’un succès sur la Grande Boucle depuis 2019, nul doute qu’il compte sur sa nouvelle équipe pour imiter Cavendish, resplendissant pour son retour en 2021.

Remis de son opération à un genou qui lui a fait manquer les JO, le nouveau fer de lance de la formation vendéenne sera très attendu en 2022.

A condition que la greffe prenne pour cette nouvelle aventure qu’il juge « très excitante. Jean-René est un manager qui a envie de faire bouger les lignes dans le monde du vélo, j’espère pouvoir aider cette équipe à y parvenir. »

Le pari est risqué, qui serait relevé s’il parvenait à ramener le maillot vert à Paris pour la huitième fois, trois ans après son dernier.

Avec une équipe renforcée, qui ne perd que Romain Sicard (retraite), Sagan aura à ses côtés un revanchard Pierre Latour, et un des grands animateurs de la saison, Anthony Turgis, avec le revenant Alexis Vuillermoz.

De quoi permettre à TotalEnergies d’être convié à toutes les courses les plus importantes du calendrier. Reprendre sa place dans le trafic…

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1 COMMENTAIRE

  1. Combien de fois est-ce que j’ai pu lire cet article? Tout ce que j’en retiens c’est que J.-R.B. est allé chercher un coureur de grande expérience qui va l’aider à amener la jeune équipe TotalEnergies dans la cours des grands.

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