mercredi 24 juillet 2024

Sporting Club de Bastia : le monde à Jo

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Au club officiellement depuis quarante ans, Jo Bonavita voue sa vie au Sporting Club de Bastia depuis plus longtemps encore. Nous sommes allés à la rencontre du plus ancien dirigeant du football français.

Comment présenter Jo Bonavita ? Officiellement, on dira « team manager » de l’équipe première du Sporting Club de Bastia, mais officieusement ? « Mémoire vivante » ? « âme du club » ? « gardien du temple » ?

Nous, on a une préférence pour le second, même si le Sporting Club de Bastia est une véritable institution, « plus qu’un club », pour reprendre la formule d’un grand club espagnol, et qu’il représente trop sur l’Île de Beauté pour être réduit à un seul homme. Mais s’il fallait en choisir un, « Jojo » comme on l’appelle affectueusement, mérite d’être celui-là.

Lors de l’épopée européenne de 78, il arbitre les matches d’entraînement

Car s’il vient de franchir le cap des quarante années au service du club, cela fait beaucoup plus longtemps qu’il voit sa vie s’organiser autour du Sporting.

Avec en point d’orgue, pour ce supporter de toujours, l’épopée européenne de la saison 77/78, qui a vu les Corses atteindre la finale de la Coupe de l’UEFA contre le PSV Eindhoven. « Avant la finale, on avait joué quatre maths en huit jours, on ne pouvait pas gagner », regrette-il encore.

Le premier rapprochement entre le Sporting et Jo Bonavita, alors arbitre de la Ligue de Corse, a été instauré par Pierre Cahuzac, l’entraîneur de l’aventure européenne. « 48 heures avant les matchs, Pierre Cahuzac avait l’habitude d’organiser un match entre les probables et les possibles » raconte Jo Bonavita. « Il voulait que ce match se fasse dans des conditions officielles et m’a demandé de venir arbitrer, en tenue ».

Les relations se passent tellement bien que, quelques mois plus tard, le club lui demande d’intégrer le comité de direction. Une collaboration qui commence sous les meilleurs auspices, puisque le Sporting remporte la Coupe de France en 1981 (victoire 2-1 contre Saint-Etienne). Une Coupe que le club a dû réparer avant de la rendre à a Fédération… « Tout le monde voulait la voir, la toucher… Elle a fait le tour du monde », en sourit encore le dirigeant corse. « Si bien qu’au moment de la rendre, elle était cassée en plusieurs morceaux, on a dû la faire réparer par un orfèvre… ». En 1982, au gré d’un changent de président, il est nommé Secrétaire Général du Sporting.

Le 5 mai 1992, sa femme, sa fille et sa belle-fille miraculées

Quarante ans plus tard, Jo Bonavita est toujours là et a tout connu. Les montées, les descentes, les finales perdues (Coupe de la Ligue et Coupe de France), les rétrogradations administratives, les victoires historiques (notamment celle, 4-2, contre le PSG d’Ibrahimovic en janvier 2015)… Des joies immenses, des peines atroces, qui ont jalonné sa vie. Comme ce 5 mai 1992, gravé à jamais dans sa mémoire. « J’étais au centre du terrain avec les délégués du match quand nous avons entendu un bruit sourd et terrifiant », se souvient-il. « J’étais d’autant plus inquiet que ma femme, ma fille et ma belle fille étaient dans la tribune, mais heureusement, une partie qui n’est pas tombée et qui est restée suspendue ».

Jo Bonavita en 1995 lors de la finale de la Coupe de la Ligue perdue contre le PSG (1-2)

A 82 ans, Jojo avoue que le Sporting est sa raison de vivre, mais reconnaît avoir « laissé des plumes » dans sa merveilleuse histoire d’amour avec le club. C’est pour cela que cette saison, il sera moins présent lors des déplacements. Pour rester au près de sa femme qui a des soucis de santé et qu’il ne veut pas laisser seule plus d’une journée. « Elle s’est beaucoup sacrifiée pour moi, c’est à mon tour de lui rendre », explique modestement Bonavita qui a laissé, avec passion, le club prendre le dessus sur sa vie privée.

« Je passe plus de temps au club que chez moi »

« Mon bureau, c’est ma deuxième maison, je passe plus de temps au club que chez moi » commente-t-il. Pour suivre le Sporting, cet enfant de Bastia, qui a aussi créé son propre club de foot (l’AS Furiani Agliani, qui évolue aujourd’hui en National 3) a dû se résoudre à abandonner ses activités professionnelles (il possédait plusieurs superettes) et à perdre de l’argent.

Aujourd’hui il ne regrette rien, et c’est avec une grande fierté qu’il évoque le respect que les supporters du Sporting ont pour lui. « Je suis un peu leur ange gardien ». Si Jojo approuve, alors les supporters approuvent.

Il faut dire Jo Bonavita a tant fait pour le sporting. En 2012, après la suspension (à titre conservatoire) du stade de Furiani (stade Armand Cesari), il a même entamé une grève de la faim. Il a connu 13 présidents (qui lui ont tous fait confiance) et travaillé avec 29 entraîneurs. Parmi eux, Fred Antonetti, dont il garde un excellent souvenir. « Avec Pierre Cahuzac, c’est le meilleur entraîneur qu’a connu le Sporting. Un vrai meneur d’hommes ».

« Je suis certain qu’à la fin de la saison on sera en Ligue 1 »

Parmi ses meilleurs souvenirs, on trouve bien sûr le retour en Ligue 1 en 2012, deux ans après la rétrogradation administrative en National (avec Fred Hantz comme entraîneur). Mais si on l’écoute, le meilleur reste à venir.

Encore une fois épinglé par la DNCG qui l’a envoyé en National 3 il y a quatre ans, le Sporting est déjà de retour en Ligue 2. Et pour Jo Bonavita, il ne va pas s’arrêter là.

« Je suis certain qu’à la fin de la saison on sera en Ligue 1 » avance le Corse, fier de son équipe. « En 2017, un groupe est né. On l’a déjà fait, il n’y a aucune raison qu’on ne le refasse pas. L’histoire se répète… »

Il ne le dit pas, mais, si sa prédiction se réalise, cela serait sans doute son dernier grand souvenir avec le Sporting, dont il va bien finir par prendre sa retraite. Bien que l’on ne prend jamais sa retraite du Sporting. « Ce n’est pas le club d’une ville, c’est le club de toute la Corse, il fait partie du patrimoine » revendique Jojo. Une sorte de « temple », dont il est le gardien.

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