lundi 24 juin 2024

Virginie Jacob Dalla Costa : « Bien descendre, ça s’apprend »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Psychologue du sport et préparatrice mentale chez AG2R Citroën auprès du centre de formation de Chambéry Cyclisme, elle-même ancienne cycliste au CCC, Virginie Jacob Dalla Costa remet la peur de la descente des cyclistes dans son contexte.

Y’a-t-il plus de cyclistes touchés par la peur de la descente aujourd’hui qu’hier ?

Je ne le pense pas, sauf qu’aujourd’hui les cyclistes, les sportifs en général, verbalisent beaucoup plus leurs peurs qu’auparavant. C’est un peu comme si on se rendait compte que les sportifs avaient aussi un cerveau et des émotions. Je suis dans le milieu du vélo depuis 28 ans, au contact des jeunes ou des pros, le fait est que ce thème de la peur des descentes revient de plus en plus, mais certainement pas parce qu’il n’existait pas, ou moins, avant, davantage parce que désormais on n’a plus peur d’en parler. Il n’est plus tabou ou considéré comme un signe de faiblesse d’avouer ses peurs.

Ce n’est donc pas lié à une prise de risque accrue dans le peloton.

Cela peut être le cas dans les sprints, où ça frotte de plus en plus, ça va de plus en plus vite, où les coureurs prennent plus de risques car ils sont en quête de points. Moins pour les descentes.

Pourtant, les accidents sont nombreux !

De l’extérieur, quand on regarde un cycliste descendre, ça fait peur. Mais sur leurs vélos, ils ont pleinement conscience de ce qu’ils font. Lorsqu’ils passent à un centimètre d’une bordure à pleine vitesse, on peut penser que c’est de la chance, mais c’est sous-estimer la capacité des meilleurs à maîtriser leur technique de descente. On a affaire à des virtuoses, des experts qui s’entraînent pour ça et qui sont prêts à prendre des risques pour accroitre une avance, combler un retard. Les accidents ne concernent pas que ceux qui font un blocage, ça arrive aussi aux meilleurs.

« Quand vous avez eu peur de mourir, forcément, le temps nécessaire pour effacer ce souvenir peut être très long »

D’où vient l’origine des blocages qui concernent certains cyclistes parmi les meilleurs du peloton ?

Ils peuvent être la conséquence d’une chute, parfois elle-même due à une mauvaise technique de descente. Bien descendre, ça s’apprend. Chez AG2R, il y a quelques années, j’avais assisté à une séance avec un spécialiste de la descente qui avait fait travailler les coureurs sur un parking avec des plots. C’était tout bête, il fallait naviguer au milieu pour garder toujours la même dextérité, le même relâchement. Certains avaient déjà du mal sur le plat alors en descente, ils étaient encore plus crispés et donc susceptibles de faire des erreurs donc d’alimenter leur peur. C’est un engrenage.

Comment interrompre cet engrenage ?

En intervenant sur la base, la technique, pour mieux manier son vélo dans les courbes et en travaillant aussi sur le mental évidemment. Quand j’analyse avec eux leur descente, beaucoup maîtrisent la technique, mais ont un blocage mental qui peut venir d’une chute, d’un stress post-traumatique. Quand vous avez eu peur de mourir, forcément, le temps nécessaire pour effacer ce souvenir peut être très long. Le temps psychique est toujours beaucoup plus important que le temps réel.

Les équipes pros prennent-elles la mesure de cette problématique ?

Oui, de plus en plus, mais dans l’idéal, pour anticiper ou guérir, il faudrait accorder une séance par semaine à la descente. Je ne pense pas que beaucoup le fassent…

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