jeudi 25 avril 2024

Cyclisme : quand les sprinteurs racontent l’enfer de la montagne

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Sur les courses du calendrier, les sprints occupent une large place. Mais quand la route monte, le plus dur commence pour les sprinteurs du peloton. Rallier l’arrivée est alors un exploit qui mérite le respect.

De tout temps, le sprinteur a lutté pour sortir vainqueur de la montagne. Ce n’est pas l’ancien sprinteur des années 90 et sélectionneur de l’équipe de France, Frédéric Moncassin, qui dira l’inverse.

« Quand les étapes de montagne se profilaient, c’était dur pour nous les sprinteurs. Pas physiquement, mais psychologiquement. Quand on est un compétiteur comme moi, c’était dur de partir le matin sans jouer la gagne. C’est un sentiment horrible. La semaine précédente, tu jouais la victoire tous les jours. Et là, tu ne peux rien faire. Ton seul objectif, c’est d’arriver dans les délais. »

Les délais, une hantise des sprinteurs qui voient le temps être le seul juge qui peut leur permettre de continuer ou non dans une course. Avec la voiture balais pour matérialiser la fin des délais d’une course.

Dans sa carrière, l’ancien coureur de la Française des Jeux, Cofidis ou AG2R-La Mondiale et vainqueur d’étape sur le Tour de France, Jimmy Casper, a souvent flirté avec la limite. Lanterne rouge du Tour 2001 et 2004, il connaît la souffrance d’un coureur sur son vélo et notamment d’un sprinteur en montagne.

« C’est déjà une notion de calvaire, mais également de satisfaction. On y pense longtemps à l’avance. C’était ma force de penser à ces moments de calvaire où j’allais rentrer tout seul, pour arriver dans les délais. Sans le savoir, je faisais de la préparation mentale. »

Pour le natif de Montdidier, l’exercice du sprint n’a rien à voir avec l’exigence d’une montée en montagne pour les spécialistes des arrivées massives.

« C’est complètement différent. Il y a une partie du cerveau qui prend des décisions rapides, en analysant divers éléments, le tout en une fraction de seconde. C’est l’essence même du sprint. L’autre partie, la montagne, c’est l’inverse, il faut aller puiser au fond de soi de l’énergie pour ne pas lâcher. »

L’arrivée aux Champs-Élysées, seule motivation pour les sprinteurs

Surtout quand, sur le Tour, la dernière étape est une source de motivation supplémentaire pour les coureurs.

« Tous les sprinteurs essayent d’aller aux Champs-Elysées. C’est la plus belle victoire pour nous. On se bat pour y arriver. C’est unique. Quand j’abandonnais le Tour, je pleurais car je savais ce que je loupais. Ça vaut le coup de morfler quelques jours pour y arriver. »

Aujourd’hui encore, c’est le cas. Il suffit de penser à la victoire d’Alexander Kristoff sur le Tour de France 2019, lors de la dernière étape, pour sentir le soulagement de gagner après avoir souffert avant de rallier Paris. Arnaud Démare a également bataillé avec ses forces en montagne pour s’offrir une victoire l’an passé sur le Tour.

« Je ne me suis pas battu pour rien. C’est une superbe récompense, je pensais à ça dans les moments difficiles en montagne. Je ne suis pas parmi les meilleurs dans les cols, mais je ne lâche rien et on a encore vu un super boulot de l’équipe. »

Même si, pour le sprinteur de Groupama-FDJ, c’est de plus en plus compliqué à réussir pour les spécialistes de la vitesse de monter en montagne. « On ne peut pas demander aux sprinteurs de finir tous les Tours sur lesquels ils s’engagent, les parcours sont devenus trop exigeants. »

Cela n’empêche pas un coureur qui a déjà gagné de multiples étapes de la Grande Boucle, comme Mark Cavendish, d’aller toujours au bout de lui-même.

« Je ne suis jamais parti sur abandon… J’ai grimpé en tant que néo-pro et j’ai répété que jamais plus ce serait le cas. Je veux toujours terminer. La ligne d’arrivée est toujours cool. Après le travail que mon équipe fait pour moi, je ne peux pas m’arrêter. »

Même si certains choisissent une stratégie qui les fait abandonner, les sprinteurs se dépassent toujours en attendant des jours meilleurs.

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