vendredi 1 mars 2024

Eric Carrière (sur Nantes) : « Nous avons pris conscience que nous pouvions être bons »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

En six saisons, Eric Carrière le frêle milieu de terrain arrivé du milieu amateur s’est transformé en international (10 sélections, 5 buts), élu meilleur joueur de ligue 1 en 2001, champion de France avec un club où il a trouvé toutes les clés pour s’ouvrir les portes d’une carrière pour laquelle il n’était pas forcément programmé.

Que représente le FC Nantes dans votre parcours de footballeur ?

Ailleurs qu’au FC Nantes, jamais je n’aurais fait la carrière que j’ai faite. Quand je suis arrivé, j’étais à l’état brut au niveau football, avec quelques qualités développées dans mes anciens clubs, mais sans beaucoup de culture tactique ou collective, sans trop d’idées sur le jeu. Et au delà des résultats que nous avons obtenus, c’est surtout à ce niveau que j’ai appris énormément de choses à Nantes.

Qu’y avez-vous appris de si fondamental pour la suite ?

On nous apprenait les moyens qui pouvaient nous amener à aller vers un jeu de meilleure qualité donc à la victoire. A Lyon, par la suite, dans un contexte différent et avec des joueurs plus forts individuellement, c’était un peu l’inverse : l’approche mentale était tournée vers la victoire d’abord. A charge pour les joueurs, qui avaient un autre vécu et d’autres profils, d’amener l’équipe vers la victoire.

J’ai appris à Nantes l’envie de jouer avec les autres et j’ai nourri ma réflexion sur le jeu. Nous partagions une idée commune, ce qui est extrêmement difficile à trouver. A ce moment là, il y avait aussi moins de pression médiatique et moins d’enjeux financiers, même si les deux notions existaient tout de même et n’étaient pas négligeables.

Nantes : une philosophie du jeu avant le résultat comptable

Comment avez-vous fait pour passer d’une saison à l’autre de relégable potentiel à champion de France ?

C’est vrai que nous avions joué le maintien lors de la dernière journée de la saison précédente, en gagnant au Havre 1-0, et personne ne nous attendait à ce niveau.

A quoi est dû votre titre alors ?

Psychologiquement, ce titre me rappelle celui de Montpellier en 2012. Nous avions aussi bénéficié de l’absence des grosses cylindrées, et profité du contexte. Tout d’un coup nous avons pris conscience que nous pouvions être bons. Avec le recul, on peut dire que ça s’est construit collectivement.

Pourtant, nous avions mal débuté en prenant notamment une raclée à domicile face à Bordeaux (0-5) avant de gagner 5-0 à Strasbourg et de vivre une vraie progression collective liée à la maturité et à la confiance, ainsi qu’à la présence de quelques joueurs expérimentés comme Moldovan devant ou Fabbri derrière, essentiels dans notre réussite.

Et vous, comment aviez-vous accueilli cette reconnaissance de vos pairs qui vous avaient élu meilleur joueur du championnat ?

Mon profil peu spectaculaire ne me prédisposait pas à être ainsi distingué. Mais parfois, ça tient à peu de choses… Je pense avoir eu le déclic après un match à Sedan où j’avais été mauvais.

Je suis allé voir le coach et je lui ai fait part de mes doutes concernant ma position sur le côté droit. A cette époque, la mode était au 4-4-2 avec deux milieux créateurs sur les côtés, comme l’avaient été Benarbia et Micoud à Bordeaux pour leur titre de 1999.

Je ne me sentais pas bien excentré. Denoueix m’a alors recentré aux côtés de Berson juste devant la défense. J’ai ainsi pu exploiter mon endurance, mon sens des déplacements. Il n’était pas rare que je parcoure 14 kilomètres par match.

« Mon profil peu spectaculaire ne me prédisposait pas à être désigné meilleur joueur du championnat »

Tout en parvenant à être décisif également puisque vous aviez mis quelques buts importants, on se souvient d’un face à face mémorable face à Ramé et d’un petit pont entré dans la légende !

Oui, nous avions gagné 2-0 à Bordeaux pour le dernier match de l’année qui nous plaçait en plus à la première place. Idéal avant de partir en vacances.

Avec quels joueurs aviez-vous alors le plus d’affinités techniques ?

J’ai peu joué avec lui, mais c’est peu de dire que Moldovan nous a fait un bien énorme cette saison là. Techniquement, on parvenait à bien se trouver et son sens du jeu a été super important pour toute l’équipe. J’avais aussi un lien particulier avec Da Rocha qui jouait sur le côté droit. Je savais que si je montais, il me remplaçait. On partageait la même sensibilité tactique.

Un jeu en une, deux touches de balle avec les Canaries

Avez-vous retrouvé, ailleurs, un tel degré de complicité collective ?

Oui, en équipe de France, lors de certaines séances d’entraînement où ça jouait en une ou deux touches de balle et où la qualité technique des joueurs accentuait encore ce sentiment de force et de maîtrise collective.

Pour ce qui est de la philosophie de jeu par contre, je n’ai jamais retrouvé le même contexte et ça a parfois rendu les choses plus difficiles pour moi. En même temps, j’ai vécu des choses différentes donc enrichissantes car il n’y a pas qu’une seule façon de faire.

Pensez-vous qu’on peut retrouver un jour, à Nantes ou ailleurs, un tel contexte favorable à la renaissance du jeu à la nantaise ?

Oui, bien sûr, c’est possible, car ça ne dépend que des hommes, des dirigeants, des coachs. Après Barcelone, Guardiola le prouve avec Manchester City même s’il est davantage dans le management que dans la pure recherche tactique. Suaudeau et Denoueix ne s’occupaient que du terrain, du jeu, des joueurs, moins des à côtés. Or, aujourd’hui, les deux vont de pair pour parvenir à faire cohabiter des joueurs, faire en sorte qu’ils se comprennent sur le terrain.

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