vendredi 1 mars 2024

Hubert, Vasseur, Madiot et Lavenu : les derniers des Mohicans

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Ils ne sont malheureusement plus que cinq managers français (Hubert, Vasseur et Madiot) au départ de la saison 2023, dont quatre à évoluer en World Tour, après le retrait de B&B Hotels de Jérôme Pineau. Moyens, ambitions… Ils nous disent tout sur la saison 2023.

Emmanuel Hubert (Arkea Samsic) : « L’accession n’est pas un aboutissement »

« Cette accession est la récompense de trois ans de travail. L’objectif fixé au début de notre aventure est atteint, mais ce n’est certainement pas un aboutissement. Alors que nous avons perdu 400 points avec la disqualification sur le Tour de Quintana et que Bouhanni n’a pas couru à partir d’avril, on a su optimiser notre calendrier en allant chercher tous les points nécessaires. »

Le recrutement : « Champoussin est l’avenir d’Arkéa-Samsic »

« Nous avons recruté un coureur de talent et de promesses avec Clément Champoussin. Il peut très vite, avec d’autres jeunes appartenant à notre effectif, incarner l’avenir d’Arkéa-Samsic. La Bretagne, je le dis souvent, est une terre de cyclisme, raison pour laquelle nous ont rejoints Ewen Costiou et Mathis Le Berre en qui nous croyons beaucoup, tout comme leur voisin de Loire-Atlantique, Louis Barre. Le cyclisme connaît un élan de jeunesse, nous avons tenu à donner cette même dynamique à notre formation. Les autres recrues sont Cristian Rodriguez qui vient renforcer notre pôle grimpeur, tandis que Jenthe Biermans et David Dekker vont renforcer nos ambitions sur les classiques flandriennes. »

Les ambitions : « Nous implanter durablement en World Tour »

« Nous avons terminé la saison 2022 à la 13ème place du classement UCI en étant une formation ProTeam, notre but est de nous installer durablement au sein de la division UCI WorldTour. La meilleure des ambitions est selon moi de continuer à gagner des courses, ce qui procure du plaisir à tout le monde : partenaires, staff et bien entendu coureurs. Nos leaders peuvent-être multiples suivant les compétitions disputées, avec un trio sur le sprint composé de Nacer Bouhanni, Amaury Capiot et Hugo Hofstetter, chez les grimpeurs Warren Barguil, Cristian Rodriguez, Clément Champoussin, Elie Gesbert et Nicolas Edet. Je n’oublie pas non plus Matîs Louvel qui peut et doit s’affirmer encore plus en 2023, tout comme la révélation de 2022, Kévin Vauquelin qui sait rouler vite et qui sait grimper. L’un des principaux objectifs sera aussi de nous implanter au fil des saisons sur les épreuves qui ont contribué à l’histoire de notre sport, comme les Classiques flandriennes. »


Vincent Lavenu (AG2R La Mondiale) : « Il n’y a pas eu assez de victoires »

« Cette saison, notre trentième, ne fut pas notre meilleure, mais elle a tout de même été intéressante à plusieurs titres. Et d’abord parce que nous avons réussi à gagner une étape (la 9ème) du Tour, seule équipe française dans ce cas (avec Bob Jungels), ce n’est pas rien. Et c’est encore plus appréciable que nous avons rapidement perdu Ben O’Connor, notre atout n°1 qui avait terminé 4ème en 2021, et ensuite tous nos grimpeurs à cause du Covid. Même si nous étions en position d’espérer davantage au départ de Copenhague, dans ces conditions exceptionnelles, nous avons su serrer les rangs et aller chercher une victoire, jamais anodine sur la plus grande course du monde. Je retiens aussi la victoire de Cosnefroy sur le Grand Prix du Québec et de belles places d’honneur sur des World Tour significatives, sur le Dauphiné avec O’Connor (3ème) juste derrière Roglic et Vingegaard, sur l’Amstel Gold Race (2ème) avec Cosnefroy. Malgré tout, il n’y a pas eu assez de victoires, pas assez de points récupérés, même si les aléas des courses et de la saison nous ont offert énormément d’émotions fortes. »

Le recrutement : « Champoussin s’est fait berner par son agent »

« Depuis deux ans, nous n’effectuons pas de recrutement important car nous faisons confiance à un effectif que nous avons surtout souhaité renouvelé et fidélisé, en offrant des engagements financiers supérieurs, et en valorisant les jeunes issus de notre centre de formation à l’image de Bastien Tronchon qui a déjà une étape du Tour de Burgos tout en étant stagiaire, et qui a le potentiel pour être rapidement compétitif. Nous aurons donc une équipe jeune. Je n’oublie pas qu’historiquement notre formation a eu beaucoup de satisfactions avec de jeunes coureurs. »

« On verra si nous parvenons à trouver un équilibre entre la jeunesse et l’expérience, mais le fait est qu’il s’agit aussi d’un phénomène global qui tend à responsabiliser de plus en plus tôt les talents. Nous nous devons aussi de faire confiance aux jeunes issus de notre centre de formation, ne serait-ce que pour ne pas les perdre. Nous en avons perdu trop ces derniers temps pour ne pas leur avoir proposé des contrats pros. »

« On s’adapte aussi à la réalité du vélo. De ce recrutement, je regrette les conditions du départ de Clément Champoussin. Je regrette que le dialogue ait été impossible avec un agent qui s’est complètement approprié son coureur en le détournant d’une équipe où il avait fait toutes ses gammes et où il aurait été largement possible de discuter des conditions de son prolongement. Il avait encore le temps de grandir et de prendre sa place chez nous. Clément a manqué de maturité, je ne lui en veux pas, il s’est laissé berner. Il a pris un gros contrat ailleurs (Arkéa Samsic), tant mieux pour lui… »

Les ambitions de 2023 : « Réapprendre à gagner… »

« Une fois de plus, il faudra briller sur le Tour, plus incontournable que jamais. On se doit de retrouver le goût de la victoire, de réapprendre à gagner. Avec Cosnefroy, O’Connor, Van Avermaet même s’il est plutôt sur la pente descendante, son charisme fait du bien à l’équipe -, ou Parret-Peintre. On y tourne tellement autour depuis un certain temps on a fait 3ème sur Paris-Roubaix, sur Liège-Bastogne-Liège, 2ème sur l’Amstel Gold Race et de Milan-San Remo -, qu’on va bien finir par gagner un Monument un jour ! »

« Sur le Tour, la présence de Pogacar, Bernal ou Vingegaard complique les choses, mais lorsque nous avons fait 3ème avec Péraud en 2014, personne ne nous attendait à ce niveau. Lorsque Bardet finit 2ème en 2016, est à 26 secondes du maillot jaune à deux étapes de la fin, avant le contrela-montre, nous n’y sommes pas très loin. On s’était dit : peut-être que c’est possible… car dans le sport de haut niveau tout est parfois possible. On rêve forcément d’aller chercher cette victoire que tous les Français attendent depuis plus de trente ans. »


Cédric Vasseur (Cofidis) : « 19 victoires, 19 coureurs différents »

« Nous sortons d’une belle saison avec 19 victoires acquises par 19 coureurs différents. On était en ballotage depuis notre accession en 2020, après une saison 2021 compliquée, notre objectif était de nous maintenir en World Tour. L’équipe a répondu présent en sachant se mobiliser pour entrer dans cette année 2022 avec appétit. Notre dixième coureur est deux fois mieux classé que le dixième d’il y a un an. La présence des féminines et des handisports participe au même niveau à ce bilan satisfaisant car il englobe le projet global. »

Le recrutement : « Axel Mariault nous a épatés ! »

« Notre logique a toujours été de recruter surtout lorsqu’on était en difficulté. Nos meilleurs éléments ayant largement répondu à nos attentes, on ne voyait pas pour quelles raisons aller en chercher d’autres ailleurs. Nous nous sommes surtout attachés à sécuriser notre top 10 de 2022 pour l’amener en 2023. Je pense qu’on peut lui faire confiance et même envisager de faire encore mieux. Nous avions aussi une contrainte quantitative à gérer, avec la décision de l’UCI de limiter les effectifs à 30 ou 31, notre marge de manoeuvre était d’autant plus réduite. »

« On accueille un Britannique Harrisson Wood, qui était déjà stagiaire chez nous, Christophe Noppe, un Belge qui sera aux côtés de Zingle pour les Classiques belges. Axel Mariault nous a épatés en étant le seul à suivre les meilleurs sur le Tour du Doubs. Il est plus destiné à évoluer sur le terrain de Guillaume Martin. Enfin, nous avons recruté Jonathan Lastra, un Basque espagnol talentueux qui va découvrir le World Tour et qui sera capable d’évoluer sur tous les terrains. »

Les ambitions de 2023 : « La génération Pogacar-Vingegaard-Evenepoel est intouchable »

« Nous espérons poursuivre notre dynamique car, depuis 2020, nous ne cessons de progresser, de monter en puissance, avec l’objectif de demeurer dans le Top 10 mondial. Avec notre trio Martin-Thomas-Izagirre, notre force sera collective car, contrairement à d’autres, si nous n’avons pas un coureur capable de récolter 5000 points UCI, beaucoup le sont de jouer la gagne sur tous les terrains. Pour le Tour, il ne faut pas rêver, on se contentera de viser des étapes car la génération Pogacar-Vingegaard-Evenepoel, partie pour dominer le peloton pour longtemps encore, est intouchable. Aller les déloger, aujourd’hui, est mission impossible, il faut être lucide. »


Benoit Génauzeau : « Sagan a permis aux plus jeunes de se décomplexer »

« Même si cela n’est pas une fin en soi, et que nous attachons autant d’importance à la manière, nos 15 victoires de 2022, dont certaines dans des courses de haut niveau World Tour, nous permettent de faire un bilan satisfaisant. A chaque début de saison, nous ne sommes jamais sur des objectifs chiffrés, davantage sur l’engagement, l’état d’esprit, le savoir-faire qui doivent correspondre à notre adn profond qui est de se porter à l’avant, de courir sans se poser trop de questions. »

« On a su le faire avec la confirmation du talent de Ferron, Burgaudeau ou Dujardin, mais aussi grâce à Vuillermoz ou Peter Sagan qui aurait aimé gagner davantage, mais qui nous a apporté énormément. Il a été un des éléments essentiels de notre bonne saison, notamment parce que sa seule présence a permis aux plus jeunes de se décomplexer, de se sentir sécurisés, plus en confiance d’avoir à leur côté un tel leader. Le fait que nos 15 victoires aient été assurées par 11 coureurs différents est aussi une belle satisfaction qui montre la synergie existante entre nos plus expérimentés comme Julien Simon, Peter Sagan ou Alexis Vuillemoz, et nos plus jeunes. »

Le recrutement : « Un joli défi à relever avec Tesson »

« Nous avions trois priorités dans notre recrutement. 1/ Récompenser la qualité de notre équipe réserve Vendée U qui a été très performante en 2022 avec un titre de champion de France et la Coupe de France. Avec tous ces jeunes qui poussaient, en prendre trois était un minimum sur des registres différents avec Mattéo Vercher, champion de France amateurs, stagiaire chez nous, a déjà fait un podium sur une course relevée, Thomas Bonnet et Emilien Jeannière. 2/ En ne poursuivant pas notre collaboration avec Niccolo Bonifazio, il nous fallait un sprinteur pour compenser. On souhaitait un profil jeune à fort potentiel que nous avons trouvé chez Jason Tesson. »

« Son arrivée a du sens car, outre le fait qu’il soit Vendéen, il connait bien notre structure pour avoir fait partie du sport-études de La Roche sur Yon, le premier échelon de notre cycle de formation. Il est très excité par les classiques belges, nous avons un joli défi à relever avec lui. 3/ Nous avions aussi besoin d’un grimpeur, et le courant est très vite passé avec Steff Cras, qui arrive de Lotto Soudal en World Tour. Voilà un bon profil à optimiser pour le faire progresser dans la hiérarchie des grimpeurs lors des courses à étapes. »

Les ambitions de 2023 : « Il y a trois ans, tout le monde voyait Bernal dominer le peloton… »

« Notre objectif n’est pas d’être présent partout pour y être moyen tout le temps. On a la chance d’être sur un calendrier très riche, nous réfléchissons à un programme qui nous permettra de confirmer d’abord la spécificité d’un effectif taillé pour les Flandriennes avec le trio Turgis-Sagan-Van Gestel (3ème de Gand Wevelgem), mais aussi Bodnar, Oss ou Boasson-Hagen. Anthony Turgis, 2ème de Milan-San Remo, du championnat de France, ne sera pas toujours aussi malchanceux et Peter Sagan, qui a été très handicapé par deux infections Covid en 2022, est encore capable de gagner n’importe quelle course face à n’importe quel coureur. »

« Pierre Latour doit aussi retrouver son meilleur niveau. Il est difficile aujourd’hui de savoir si Vingegaard ou Evenepoel, qui ont gagné leur premier Tour en 2022, feront mieux que Bernal que tout le monde voyait dominer le peloton après son premier succès sur le Tour il y a trois ans. Si on peut raisonnablement imaginer voir longtemps la génération Pogacar aux avant-postes, rien ne me parait figé. »


Marc Madiot : « Une excellente cuvée »

« Quand on voit les difficultés de certains pour exister, on ne va pas faire la fine bouche. Cette année 2022 a été une excellente cuvée avec 20 victoires car nous avons été très performants sur les trois grands Tours et les Classiques. Nous avons aussi des podiums sur Paris-Roubaix, le Tour des Flandres et des coureurs dans le top 10 sur toutes ces classiques. Huit coureurs ont gagné, et Pinot a été opérationnel sur le Tour de Suisse et sera opérationnel en 2023, en finissant en trombe car nous avons gagné ou terminé deuxième jusqu’à la victoire de Küng sur le Chrono des Nations juste après celle de Démare sur Paris-Tours. »

« Le Tour de France a été très bon car on a utilisé 100% de nos moyens, deuxième du classement par équipes qui situe le niveau de performance de nos coureurs. Quand vous en mettez trois dans le top 15, vous pouvez être satisfaits avec un sans-faute effectué par Gaudu (4ème). Avec Pogacar et Vingegaard largement au-dessus du lot, nous étions juste derrière en répondant présent pendant trois semaines. En 2022, nous avons fait du très bon travail, je suis très fier de tous ceux qui y ont contribué. »

Le recrutement : « Je leur avais dit : si vous êtes bon, on vous prendra ! »

« Nous avons la satisfaction d’avoir prolongé Stefan Küng qui avait envie de rester avec nous et avec lequel nous espérons briller sur les Classiques et lui permettre de réaliser son rêve, être champion du monde du chrono. Nous n’avons pas cherché à remplacer poste pour poste nos départs, notamment pour le train des sprinteurs, avec l’idée de faire confiance à de jeunes coureurs, et s’adapter aux nouveaux schémas des courses de moins en moins réservées aux sprinteurs. »

« Pour le recrutement, nous avons voulu être logique avec notre philosophie de fonctionnement. A partir du moment où les jeunes de la Conti ont été opérationnels cette année, il aurait été anormal de ne pas les prendre avec nous sur la World Tour pour leur proposer rapidement des courses de haut niveau. Je leur avais dit en janvier dernier : si vous êtes bon, on vous prendra, peu importe le nombre. On va au bout de notre démarche pour pérenniser l’équipe et renforcer notre adn de formation pas seulement en France, mais partout dans le monde. »

Les ambitions : « Pogacar, Vingegaard, Evenepoel… tous les autres en dessous »

« Je rêve encore de gagner toutes les plus grandes courses du calendrier, le Tour de France, Paris-Roubaix, les Mondiaux, le Tour de Lombardie, etc. S’installer durablement au contact des meilleurs en permanence est notre ambition. Le parcours du Tour 2023 est ce qu’il est, à nous de nous adapter. On l’abordera avec humilité et ambition, mais sans considérer qu’il s’agit du seul objectif de la saison. Si on ne battra certainement pas notre record de victoires (33), nous souhaitons rester au même niveau, celui de notre classement, 7ème équipe mondiale. Il sera difficile d’aller plus haut car si on compare nos moyens avec ceux des équipes financées par les Emirats ou des milliardaires, il n’y a pas photo. »

« La concurrence est extrême et très relevée. Dans ce contexte, il devient difficile de faire des pronostics car il y a très peu d’écarts entre les meilleurs. Ce sont les blocs équipes qui font la différence. Les mastodontes du peloton accumulent les coureurs pour faire ces blocs qui leur permettront d’espérer faire gagner leur leader. Pour 2023, j’en vois trois largement au-dessus des autres pour les grands Tours, à savoir Pogacar, Vingegaard et Evenepoel. Tous les autres sont un ton en dessous… »

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