vendredi 24 mai 2024

Rétro : ASSE – Dynamo Kiev (3-0), la remontada qui a tout changé

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C’est peut-être parce que certains d’entre eux l’avaient déjà fait, qu’ils y ont tous cru jusqu’au bout. Longtemps au bord du précipice face aux déferlantes soviétiques. Transcendés par un Chaudron en feu, les Verts de Robert Herbin ont trouvé les ressources pour arracher les prolongations et offrir le premier grand moment d’émotion à un football français qui ne serait plus jamais le même. Cet ASSE Kiev entre dans la légende.

Remontada n’était pas encore le mot qu’on utilisait pour qualifier un genre d’exploit que, bien avant ce 17 mars 1976, les Verts l’avaient déjà accompli en coupe d’Europe. Et pas face à n’importe qui. En 1969, battus 0-2 à Munich, face au Bayern de Beckenbauer, ils avaient gagné 3-0 au retour à Sainté.

Cinq ans plus tard, dépassés en Yougoslavie face à l’Hadjuk Split (1-4), ils étaient allés jusqu’aux prolongations pour gagner 5-1. Hervé Revelli et Larqué étaient déjà là en 1969, et seraient décisifs en 1976 pour pousser la nouvelle génération emmenée par Rocheteau, Bathenay, Lopez ou Sarramagna à croire en son destin.

Il le fallait pour ne pas désespérer d’un match aller à sens unique. Où, sans un grand Curkovic, aucun espoir n’eut été permis au retour.

Dans le froid et la neige de Simferopol, en Crimée, le stade de Kiev étant impraticable, face au Ballon d’Or en exercice, Oleg Blokhine. Les hommes de Larqué sauvaient les meubles (02) en évitant une défaite plus lourde qui, eu égard à la domination ukrainienne, n’aurait pas été scandaleuse.

Bathenay : « Kiev était la meilleure équipe d’Europe »  

L’impression d’impuissance qui s’était dégagée de cette rencontre face à une équipe qui avait impressionné l’Europe la saison précédente en enlevant la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe à…

Lyon, avait de quoi inquiéter avant le retour. Quinze jours après, à la pause, la sensation reste la même et le temps joue pour les coéquipiers de l’immense Rudakov, intraitable sur sa ligne.

A une demi-heure de la fin, la question n’est plus de savoir si l’ASSE va se qualifier ou pas, mais simplement de tout faire pour sauver l’honneur, parvenir enfin à franchir le mur soviétique au moins une fois.

Un frisson de sanction définitive parcourt l’échine des 37 000 spectateurs venus des quatre coins de l’hexagone. Quand Blokhine, en contre, se défait du marquage de Janvion, élimine Lopez, franchit la ligne médiane. Il tergiverse, et se retrouve au duel avec le dernier défenseur stéphanois, Lopez, revenu de nulle part, et la possibilité de passer le ballon à Onitchenko pour un face à face avec Curkovic aux allures de K-O.

Sans l’incroyable pêché d’orgueil de la star soviétique, qui préfère tenter un dribble supplémentaire plutôt que d’offrir le but à son coéquipier, nous ne serions pas là aujourd’hui à revenir sur cette action qui a tout fait basculer, sur ce sauvetage de Lopez qui ne se doutait pas que ce ballon qu’il dégageait en catastrophe finirait sa course au fond des filets de Rudakov.

Et Rocheteau devient l’Ange vert…

“Blokhine, par gourmandise, a oublié de faire le plus facile et a permis à Christian de revenir sur lui pour le contrer”, se souvient Dominique Bathenay. Dominés techniquement et tactiquement par le Dynamo Kiev, “la meilleure équipe d’Europe d’alors qu’on avait pris au bon moment, parce qu’ils sortaient de leur trêve hivernale et n’avaient pu se préparer comme d’habitude dans leur stade”, c’est au mental que l’ASSE arrache la prolongation.

Après le but d’Hervé Revelli, mis sur orbite par une chevauchée de Piazza, c’est capitaine Larqué qui remet les deux équipes à égalité grâce au premier des deux coup-francs qui allaient entrer dans la légende (le second en demi-finale face au PSV).

L’irrationnel s’invite une troisième fois à Geoffroy-Guichard qui offre au Chaudron ses plus belles émotions, au cours d’une prolongation dantesque qui culmine à sept minutes des tirs au but lorsque le coaching de Robby fait la différence. Entrés à la fin du temps réglementaire, Santini et Patrick Revelli sont à l’origine d’une action déclenchée sur le côté droit et conclue par Rocheteau de volée. Rudakov est à terre.

Sainté humilie Kiev

Jamais le grand Kiev n’avait encaissé trois buts. L’épopée stéphanoise entre dans une autre dimension grâce à un jeune joueur de 21 ans perclu de crampes qui avait demandé à sortir quelques minutes auparavant, une perspective repoussée par Herbin conscient que son meilleur attaquant avait encore suffisamment de ressources pour se retrouver au bon endroit, au bon moment. Victime d’une contracture au mollet quatre jours avant lors d’un match de championnat face à Nice, Rocheteau avait longtemps été incertain.

“J’étais cuit, j’avais des crampes et je sentais surtout que la contracture revenait, dirait à la fin du match le héros de la soirée. J’avais demandé à sortir mais chaque fois que je regardais le banc, Herbin tournait la tête de l’autre côté. ”

Avec le recul, Rocheteau reconnait que “c’est certainement le but le plus significatif de ma carrière”, celui qui le métamorphosa à jamais en Ange Vert. “Rudakov m’a paru énorme dans sa cage et je ne sais plus si j’ai repris le centre de volée ou après le rebond. Ensuite, insensible à la douleur, je suis parti comme un fou crier ma joie avant de m’effondrer dans les vestiaires en pleurant…”

Et avec lui toute la France du football qui venait de vivre un moment rare. A SaintEtienne comme ailleurs, plus rien ne serait vraiment jamais comme avant.

Tom Boissy

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