dimanche 2 octobre 2022

« J’ai mal à mon Bordeaux »

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Journaliste passé par l’AFP, l’Equipe et France Football, Guy Mislin a couvert six Coupes du monde et des dizaines de matchs de Coupe d’Europe avant d’être pendant dix ans le directeur de la communication de la Ligue de Football Professionnel. Tous les lundis en fin de journée, retrouvez son regard avisé sur un fait d’actualité. Aujourd’hui, la triste réalité des Girondins de Bordeaux.

Le match Bordeaux-OM de ce dimanche résume à lui seul ce que sont devenus les Girondins de Bordeaux au cours de ces dix dernières années. A force de naviguer entre être et avoir été, le club bordelais, qui a perdu toute ambition depuis que Jean-Louis Triaud a passé la main, se complaît de stagner dans le ventre mou d’un championnat que d’aucuns considèrent comme une compétition moyenne par rapport aux quatre autres championnats majeurs européens. Il est anormal donc qu’une institution comme les Girondins de Bordeaux ne soit pas sur le podium, ne parvenant même plus à accrocher un strapontin pour la Ligue Europa.

Eliminés en Coupe de France, à domicile, par Toulouse, club de Ligue 2, les Bordelais ont de nouveau montré des limites inquiétantes, à onze contre neuf, face à un OM peu fringant. Il est clair que les dirigeants girondins ne font guère preuve d’une ambition débordante, aussi bien en matière de recrutement que dans le management du club. Or, ce manque flagrant d’ambition au niveau des dirigeants, rejaillit forcément sur l’état d’esprit des joueurs, même si ceux-ci ont aussi beaucoup à se reprocher dans cette passivité face a leurs résultats médiocres.

Et Platini me dit : « On était complètement cramés »

Oui, j’ai mal à mon Bordeaux. Je ne remonterai pas jusqu’à l’époque héroïque où De Harder, Libar, Kargu, puis plus tard De Bourgoing et les siens, faisaient la loi sur les terrains de l’hexagone, portant haut et fiers leur maillot marine au légendaire scapulaire blanc.

En 1950, les Girondins disputant leur premier championnat de France en tant que professionnels, étaient sacrés champions… L’Histoire était en marche. Plus près de nous, je garde un souvenir formidable de l’épopée des Girondins en Ligue des Champions 1984-85. J’avais suivi pour l’AFP toute l’épopée des « marine » jusqu’à cette demi-finale contre la Juventus de Michel Platini. Battus 3-0 à Turin, les Bordelais allaient fournir un match retour d’anthologie, s’imposant 2-0, manquant d’un rien d’égaliser par Tigana. Ce soir-là, j’avais raccompagné Platini jusqu’à son vestiaire, et il m’avait avoué : « s’ils avaient égalisé, on en prenait encore un derrière. On était complètement cramés ». Le 25 mai 1985, Bordeaux aurait pu être au Heysel de triste mémoire pour cette finale dramatique qui a endeuillé l’Europe du football… Dropsy, Thouvenel, Specht, Rohr, Battiston, Marius Trésor, Giresse, Tigana, Chalana, Girard, Hans Memering, Lacombe, Dieter Muller, les frères Vujovic, rien n’était ni trop beau ni trop cher pour Claude Bez, le président irascible et imprévisible des Girondins.

Le Bayern en quart de finale de la C1, c’était il y a dix ans…

Entre 1984 et 1987, Bordeaux remporta cependant trois titres de champion de France, deux coupes de France. Au début des années 90, électrisés par la guerre verbale entre Claude Bez, à l’ambition démesurée, et Bernard Tapie qui avait pris les rênes de l’OM, les Bordeaux-Marseille, c’était autre chose que le pipi de chat entrevu sur nos étranges lucarnes « canalisées plus » ce dimanche…

Je n’ai pas oublié non plus le 3-0 infligé au Milan AC en 1996, ni les victoires contre la Juventus en 2010, le Bayern battu 2-1 à l’aller et 2-0 au retour à Munich ! C’était il y a seulement dix ans et Bordeaux était encore Bordeaux…

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