vendredi 14 juin 2024

Christian Lopez se souvient de Saint-Etienne-D. Kiev : « J’ai senti qu’il avait envie de me remettre un crochet »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

47 ans après, l’emblématique libéro international des Verts n’a rien oublié de cette 64ème minute qui a changé le destin d’un club, d’une équipe, sûrement d’un pays où les clubs de football n’étaient pas formatés pour gagner.

Cette intervention divine devant Blokhine est-elle l’action la plus importante de votre carrière ?

C’est en tout cas celle qui a directement permis de réaliser un bel exploit, parce que si Blokhine marque à ce moment là, c’est fini…

L’avez-vous encore en tête 47 ans après ?

Bien sûr ! On est pris en contre sur un corner en notre faveur où le ballon ressort au second poteau pour arriver dans les pieds de Blokhine. Avant de se retrouver face à moi, il élimine Janvion à la course, ce qui n’était pas une mince affaire. A ce moment-là, je fais une erreur en voulant intervenir.

Il avait Onischenko à ses côtés, j’aurais dû reculer et temporiser, l’amener sur un côté. Il m’élimine aussi, mais je ne me retrouve pas le cul par terre, donc je peux au moins essayer de revenir. Comme il va vite, très vite, je me dis quand même que je vais avoir du mal. Finalement, Curkovic joue bien le coup en ne sortant pas à son encontre devant.

Blokhine temporise un peu ce qui me permet de le reprendre en catastrophe. Et là, ça s’est joué en une fraction de seconde, j’ai senti qu’il avait envie de me remettre un crochet. J’ai tendu la jambe et j’ai pu récupérer le ballon du bout du pied, et le dégager. Piazza, qui était monté sur le corner, revenait. Vous connaissez la suite !

Christian Lopez raconte son match contre Kiev

On parle quand même de Blokhine qui était à ce moment-là le meilleur joueur d’Europe ?

Et le Dynamo Kiev était aussi la meilleure équipe d’Europe et peut-être du monde. Il a pêché par gourmandise parce qu’il ne doit pas hésiter, soit en tirant au but, soit en passant à son coéquipier avant que je revienne sur lui.

Pensez-vous qu’il le regrette ?

Il y a quelques années, un journaliste français l’avait interviewé et lui avait parlé de cette action. Blokhine lui avait répondu que je ne lui avais pas pris le ballon dans les pieds… Il est encore dans le déni (rires) !

« Blokhine croit toujours que je ne lui ai pas pris le ballon dans les pieds »  

Pourtant, entre Kiev et l’ASSE, à l’aller, il n’y avait pas eu photo !

On avait pris deux buts, mais si on en avait pris quatre ou cinq, c’était la même chose. Au retour, pour avoir déjà eu ce genre de défis à relever, notamment face au Bayern en 1969 pour les plus anciens d’entre nous, ou face à Split l’année précédente, on savait qu’il était important de marquer rapidement pour entretenir au moins l’espoir. Or, cette fois, on n’y arrivait pas. Jusqu’à cette 64ème minute !

Quel était le secret des Verts de cette époque pour remonter des situations aussi difficiles ?

Avec l’expérience européenne qui commençait à s’accumuler, on avait appris à gérer ce genre de matches, à y croire tout le temps, à ne jamais lâcher. Face à Split, ils nous avaient tellement chambrés à l’aller, qu’on avait à coeur au moins de gagner au retour. Face à Kiev, l’obstacle était plus haut encore, mais les circonstances nous ont été favorables. Pour réaliser ce genre de performances, il faut aussi une part de chance.

Pour les plus jeunes qui n’ont pas connu les années 70, que représentait l’ASSE en Europe à ce moment là ?

On faisait partie du Top 5 européen, capable de battre ou de rivaliser avec n’importe qui. Même quand on perd deux fois face au Bayern, en demi et en finale, on n’est jamais inférieur dans le jeu, jamais dépassé.

Les erreurs individuelles nous coûtent chaque fois la victoire. Mais, entre 1974 et 1982, nous étions régulièrement dans les derniers tours des coupes d’Europe, à battre les meilleurs. Depuis les années 50 du grand Reims, le football français n’était pas habitué à ça et se retrouver au même niveau que le Bayern, Liverpool, le PSV, Hambourg, Kiev… c’était déjà énorme.

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